« Les œuvres [de Célia Muller] engagent à une forme d’introspection, une plongée à la fois en nous-mêmes et à l’intérieur de l’imaginaire de l’artiste qui allie le réel à l’évanescence du souvenir, voire du rêve-cauchemar.
[...] Les dessins traduisent autant ses évasions, ses fuites, qu’une poursuite obsessionnelle de souvenirs évanouis. Célia Muller mène un travail acharné où dessiner est synonyme d’anamnèse : une remontée mémorielle qui se fabrique par ajouts, soustractions, fabulations et nécessairement transformations d’un récit altéré.
[...]
Constitués de nuances de noirs, de gris et de blancs, les dessins imposent une forme de silence. Ils sont les résultats de gestes et d’incantations envers les éléments, envers la matière mémoire, envers l’invisible et l’indicible. L’artiste lance des incantations plurielles dans une quête intime où les mots peinent à émerger. Elle manipule ainsi des photographies anonymes, d’autres issues des albums de sa propre famille, d’autres encore qu’elle a elle-même réalisées lors de moments d’isolement. Les images constituent une matière qu’elle va ensuite retravailler en sélectionnant des détails qu’elle va transposer sur la feuille de papier ou la feuille de soie. Le papier de soi. C’est un autoportrait en creux que Célia Muller déploie dans le temps et dans l’espace. Un autoportrait des plus intimes formé de secrets, de silences, d’indices, d’états, d’émotions et d’intuitions.
[...] Célia Muller puise inlassablement dans une matière commune qui ne cesse de nous échapper. Une matière sombre, impalpable et aliénante par laquelle nous apprenons à nous définir, à nous défaire et à exister. »