Carolle Bénitah a commencé à pratiquer la photographie au début des années 2000. D’emblée, elle a placé sa pratique dans le champ de l’intime. Puis son travail a évolué sur des sujets plus ouverts comme la famille, le désir, la perte, le deuil et l’enfermement, qui touchent à l’universel.
Elle interroge l’identité, la construction de soi, à partir de photos d’archives familiales — les siennes mais aussi des photos anonymes achetées dans des brocantes. Ou encore par des installations, en utilisant des objets qui peuplent l’univers domestique (napperons, mouchoirs avec monogramme brodé, torchons, draps de trousseau...)
Carolle Bénitah a commencé à s’intéresser aux photographies de famille lorsqu’en feuilletant l’album de son enfance, elle s’est retrouvée submergée par une émotion dont elle n’arrivait pas à déterminer l’origine. « Ces moments fixés sur du papier me représentent, parlent de moi, de ma famille, et disent des choses sur la question de l’identité, de ma place dans le monde, mon histoire familiale et ses secrets, les peurs qui m’ont construites et tout ce qui me constitue aujourd’hui. »
Carolle Bénitah construit des albums de famille imaginaires afin de réparer l’oubli, de sublimer les tremblements intérieurs, les séismes intimes de l’enfance. Ces albums imaginaires sont comme une traversée des apparences où elle déconstruit le mythe de la famille idéale pour laisser émerger une image plus nuancée. Elle choisit des photographies qui évoquent quelque chose de déjà-vu, une pose familière, des moments heureux qui illustrent toutes les fables racontées sur les ancêtres. Elle masque les visages, découpe, troue, brode ou ajoute des légendes énigmatiques, afin de rappeler les conflits, le drame, la douleur et convoquer la matière noire de l’histoire familiale, absente justement de ces photographies-là.
Ce travail lent et précis est la métaphore d’une fabrique minutieuse de soi et du temps qui passe.